Questions-réponses Maroc: contrats de distribution

28 mars 2026 - Dr. Christian Steiner

La législation marocaine réglemente-t-elle spécifiquement les contrats de distribution?

Au Maroc, il n’existe pas de loi spécifique régissant exclusivement les contrats de distribution. Ces relations sont principalement régies par les règles générales du droit des contrats contenues dans le Dahir (décret) marocain formant le Code des obligations et des contrats et par les dispositions pertinentes du Code de commerce. En l’absence de législation spécifique pour les distributeurs (contrairement aux agents commerciaux, qui bénéficient de certaines règles de protection), les parties jouissent d’une grande liberté contractuelle pour fixer leurs propres conditions, à condition qu’elles ne soient pas contraires au droit marocain impératif ou à l’ordre public.

Existe-t-il une exigence linguistique obligatoire pour les contrats de distribution au Maroc?

Légalement, aucune exigence spécifique n’impose que les contrats commerciaux soient rédigés dans l’une des langues officielles du Maroc (l’arabe et le tamazight) ou en français, langue couramment utilisée dans les affaires. Le droit marocain accepte les contrats en langues étrangères, à condition que les parties en comprennent les termes. À des fins de preuve ou de litige, une traduction assermentée  de l’arabe peut être exigée par les tribunaux marocains en cas de litige.

Existe-t-il une obligation d’enregistrer ou de déposer les accords de distribution auprès d’une autorité marocaine?

En général, aucune obligation légale ou réglementaire n’oblige les parties à enregistrer ou à déposer un accord de distribution purement commercial auprès d’une autorité gouvernementale. Toutefois, si l’accord comprend des licences de propriété intellectuelle (par exemple, des marques, des brevets) ou s’il concerne des activités qui nécessitent une autorisation gouvernementale (par exemple, l’importation de marchandises réglementées), les enregistrements correspondants peuvent être nécessaires. En outre, certaines parties enregistrent volontairement les contrats à des fins de preuve ou pour se conformer aux politiques internes de l’entreprise, mais cela n’est pas obligatoire en vertu de la loi.

Existe-t-il des exigences locales en matière de partenariat ou de propriété pour les entreprises étrangères qui souhaitent nommer un distributeur au Maroc?

En général, non. Les entreprises étrangères peuvent librement nommer des distributeurs marocains ou conclure des accords de distribution sans avoir à créer une coentreprise ou une filiale locale, sous réserve du respect de la réglementation en matière de change administrée par l’Office des changes marocain. Dans les secteurs fortement réglementés (par exemple, les produits pharmaceutiques, la défense), il peut exister des conditions d’octroi de licence spécifiques, mais il s’agit là d’exceptions plutôt que de la règle.

Les parties peuvent-elles stipuler l’exclusivité pour les distributeurs au Maroc, et existe-t-il des contraintes en matière de droit de la concurrence?

Oui, les parties sont libres de convenir d’une clause d’exclusivité dans un accord de distribution. La loi marocaine n’interdit pas la distribution exclusive en soi. Toutefois, la loi n° 104-12 sur la liberté des prix et la concurrence peut s’appliquer si les clauses d’exclusivité ont pour effet de restreindre de manière significative la concurrence sur le marché concerné. Dans la pratique, les clauses d’exclusivité standard pour des parts de marché modérées sont courantes et ne donnent généralement pas lieu à des violations du droit de la concurrence.

Quelles sont les règles applicables à la résiliation d’un accord de distribution au Maroc ?

Les contrats de distribution n’étant pas spécialement réglementés, leur résiliation est régie par les termes du contrat et par les principes généraux du droit des contrats. Les parties incluent généralement des dispositions concernant :

  1. La durée (fixe ou indéterminée).
  2. Les délais de préavis en cas de résiliation (en particulier pour les accords à durée indéterminée).
  3. Les motifs de résiliation anticipée (violation, insolvabilité, etc.).

Au Maroc, il n’existe pas de délai de préavis minimum légal pour les distributeurs. Toutefois, en vertu des principes généraux de bonne foi et de loyauté, une résiliation brutale sans préavis suffisant pourrait être contestée devant les tribunaux, en particulier si le distributeur a réalisé des investissements importants sur la base d’une relation de longue date.

Les distributeurs ont-ils droit à une indemnisation ou à une compensation en cas de résiliation?

Contrairement aux agents commerciaux, qui peuvent, dans certaines circonstances, prétendre à des indemnités légales, les distributeurs ne bénéficient pas de droits à indemnisation légaux en vertu de la législation marocaine. La possibilité pour un distributeur de prétendre à une indemnisation en cas de résiliation dépend des termes du contrat ou de l’évaluation par un tribunal d’un comportement fautif (par exemple, une résiliation brutale ou abusive). Si la relation est requalifiée en relation d’agence par un tribunal marocain, les règles de protection des agents peuvent alors s’appliquer. Cette requalification est rare, mais possible si le distributeur agit, dans la pratique, comme un agent dépendant.

Si l’indemnisation pour perte de clientèle s’applique, comment est-elle généralement calculée (par exemple, sur la base des ventes, des marges bénéficiaires, du développement de la marque)?

L’indemnité de clientèle ne s’applique pas légalement aux contact de distribution. Toutefois, les parties peuvent librement décider des dispositions relatives à cette indemnité dans le contrat de distribution. Dans ce cas, les parties doivent s’assurer que le contrat prévoit les conditions générales applicables à l’indemnité de clientèle, en particulier les modalités de calcul qui s’appliqueraient.  

Est-il possible de renoncer contractuellement au droit du distributeur à une indemnisation pour perte de clientèle ou de le limiter, ou est-ce obligatoire en vertu du droit local?

Comme indiqué ci-dessus, les parties peuvent librement convenir dans le contrat de distribution des conditions générales applicables à l’indemnisation pour perte de clientèle, le cas échéant. 

Quelles sont les obligations concernant les stocks invendus à la résiliation (par exemple, obligations de rachat, politique de retour, élimination des produits)?

Généralement régi par le contrat. De nombreux fournisseurs acceptent de racheter les stocks utilisables et revendables à un prix ou à un rabais convenu à l’avance. La législation locale n’impose pas d’obligation universelle de rachat, il est donc essentiel de rédiger le contrat de manière claire.

Les obligations de non-concurrence après la résiliation sont-elles applicables? Pendant combien de temps et dans quelles conditions?

Les clauses de non-concurrence après la résiliation peuvent être appliquées si leur durée, leur territoire et leur portée sont raisonnables. En général, la durée est comprise entre 6 et 12 mois, mais cela dépend de la nature des produits et du marché. Les restrictions trop larges sont susceptibles d’être contestées devant les tribunaux.

Si le distributeur a développé des relations avec des clients, la législation locale prévoit-elle une protection ou une compensation particulière pour ceux-ci?

Il n’existe pas de protection juridique automatique pour la « propriété des clients » dans la distribution standard. Si un distributeur peut prouver que le mandant s’est enrichi injustement en reprenant les relations avec les clients, il peut réclamer des dommages-intérêts, mais cela est rare et dépend fortement des termes du contrat.

Les parties peuvent-elles choisir une loi étrangère et une juridiction étrangère pour un contrat de distribution au Maroc?

Oui, le droit marocain respecte généralement la liberté contractuelle, y compris le choix d’une loi étrangère applicable et la sélection d’un tribunal étranger ou d’un tribunal arbitral. Néanmoins, les tribunaux marocains peuvent conserver leur compétence ou appliquer les lois impératives marocaines si :

  1. Le litige porte sur des questions d’ordre public (par exemple, la protection des consommateurs, le droit de la concurrence).
  2. L’exécution a lieu principalement au Maroc.
  3. L’affaire concerne des biens immobiliers situés au Maroc ou d’autres questions relevant de la compétence exclusive du Maroc.

Les clauses d’arbitrage, en particulier l’arbitrage international, sont largement utilisées et reconnues, à condition qu’elles satisfassent aux exigences formelles de la loi marocaine sur l’arbitrage (loi 95-17).

Existe-t-il des restrictions de change qui affectent les paiements à un fournisseur ou à un donneur d’ordre étranger?

Le Maroc applique certaines réglementations en matière de change par l’intermédiaire de l’Office des Changes. Bien que celles-ci n’interdisent généralement pas les paiements commerciaux légitimes à des entités étrangères, elles exigent le respect des obligations en matière de documentation et de déclaration. Les distributeurs effectuant des paiements à l’étranger doivent s’assurer qu’ils disposent des factures et des virements bancaires appropriés et qu’ils utilisent une banque marocaine agréée. Dans la plupart des transactions standard, les paiements en devises étrangères au donneur d’ordre étranger sont autorisés dès lors que les formalités administratives sont en règle.

Existe-t-il des réglementations spécifiques à certains secteurs qui pourraient avoir une incidence sur un accord de distribution?

Oui. Certaines industries au Maroc, telles que les produits pharmaceutiquesles équipements de télécommunicationsles articles de défense ou les aliments et boissons, sont soumises à des réglementations spécifiques (par exemple, licences, contrôles à l’importation, inspections sanitaires). Si les produits relèvent de ces secteurs réglementés, le contrat de distribution doit inclure toutes les obligations de conformité nécessaires (par exemple, certifications, autorisations).

Résumé des recommandations

Accord écrit

Utilisez toujours un contrat de distribution écrit qui précise la portée, le territoire, l’exclusivité (le cas échéant), la durée, la résiliation, le règlement des litiges et le droit applicable.

Clauses de résiliation

Incluez des délais de préavis raisonnables afin de minimiser les litiges liés à une résiliation abrupte.

Respect des règles de concurrence:

Vérifiez que les clauses d’exclusivité et de part de marché sont conformes à la législation marocaine en matière d’ententes.

Choix de la loi applicable et du lieu de juridiction:

Choisissez avec soin la loi applicable et le lieu de juridiction. Si vous optez pour le droit étranger ou l’arbitrage, assurez-vous que cela n’est pas contraire aux dispositions impératives du droit marocain.

Marchandises réglementées:

Déterminez si les produits commercialisés nécessitent des licences spéciales ou des autorisations administratives.

Devises étrangères:

Respectez les dispositions de l’Office des Changes pour les paiements internationaux.

Dr. Christian Steiner

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